AUTOBIOGRAPHIE (Septembre 2012)

        Je suis né le 6 mai 1975 à Paris dans le XVIème arrondissement, d’une mère danseuse péruvienne, Rosario Luna et d’un père musicien français, François de Roubaix. Quand je suis né mon père avait déjà composé la musique de nombreux films Français comme « Les Grandes Gueules », « Les Aventuriers »,« Le Samouraï », « La Scoumoune », ou encore « Le Vieux Fusil », premier César de la musique de film dans l’histoire du cinéma. Il allait très certainement en écrire d’autres, mais malheureusement un accident de plongée aux Canaries l’en a empêché. François de Roubaix est mort dans l’eau et dans le sable le 21 novembre 1975, laissant derrière lui de nombreux projets avortés, de nombreux parents et amis endeuillés, ainsi que deux orphelins de père, ma demi-sœur Patricia et moi.

J’étais avec ma mère sur le bateau de plongée ce jour là. Je n’avais que sept mois et demi, je ne m’en souviens donc pas, mais j’imagine parfois le golf de Tenerife, la mer d’huile, le soleil de fin de journée et le capitaine du bateau disant à ma mère : « Il n’y a plus d’air dans les bouteilles, ils auraient dû remonter… » Les secours arrivèrent le soir même et ne pêcheront les deux corps que le lendemain matin.

On ne vit pas sans air. Mon père est enterré dans le cimetière d’Arona, sur une petite île espagnole au milieu de l’Atlantique. Mais la vie reprend son cours et ses droits. Après mon deuxième anniversaire, ma mère et son nouveau compagnon décident de partir vivre dans le Sud, à Cannes d’abord, où ils se marièrent, puis à Mougins, dans une maison à côté de celle des Picasso, et enfin à Nice.

C’est dans ce Sud là que je grandis, c’est à Nice que je soufflerai mes premiers airs au trombone, vers l’âge de 11 ans. Ce trombone sur lequel j’ai commencé et sur lequel je joue encore aujourd’hui, est celui dont j’ai hérité de François. Un Bach, Stradivarius model 16, idéal pour le jazz et l’improvisation.

Mon beau-père Pancho, lui -même musicien, m’encourage à en jouer mais j’abandonne très vite, préférant le foot à cet instrument qui me fait tourner la tête. Je reprends cependant la musique avec la basse électrique à l’âge de 14 ans et je commence à jouer en public avec un groupe de rap niçois.

Pancho Blumencweig, enseignant et multi-instrumentiste argentin (trombone, contrebasse, piano), a commencé la musique à Buenos Aires avec Lalo Shifrin et Gato Barbieri. Il joua un vrai rôle de père pour moi et fut mon premier tuteur musical en me faisant jouer des blues et des standards de jazz avec ses élèves.
En 1992, nous quittons la Côte d’Azur pour Madrid. J’y ferai mes deux dernières années de lycée et y monterai un groupe de funk en tant que bassiste. Après le baccalauréat, je m’installe à Paris pour étudier la psychologie. J’habite pendant une année chez mes grands-parents paternels, les parents de François, Mima et Paul de Roubaix. C’est une année qui me permet de faire plus ample connaissance avec mon histoire et ma famille paternelle.

Mais vers dix-neuf ans, après une année de faculté pas très convaincante, je me rends à l’évidence, je veux devenir musicien. Je pars ainsi vers le Sud-Ouest de la France, bien décidé à apprendre le trombone. J’y resterai quatre ans et y trouverai un maître en la personne de Jean-Pierre Albouy, professeur dans le Tarn et membre des fameux « Sacqueboutiers » de Toulouse. Jouer sur des instruments anciens, déchiffrer de vieilles partitions, accompagner des chanteurs baroques dans des églises glacées aura été une vraie formation pour moi.

        Le devoir m’appelant je n’ai plus le choix que de faire mon service militaire, surtout quand on me propose de le faire dans une fanfare et qui plus est à Tahiti!
J’y ai passé une année incroyable bien que militaire et y ai fait d’importants progrès au trombone puisque j’y obtiendrai mon diplôme de fin d’études. Le retour à Paris est difficile et le souvenir d’une année dans les îles me décide à y repartir. Cette fois je resterai six mois dans l’île de Cuba grâce à mon pécule militaire. J’y étudierai la percussion, le chant, la guitare et le tres, en bref la musique populaire cubaine.

         Nouveau retour à Paris avec la ferme intention d’y monter un groupe de salsa. Salsafran verra le jour avec de nombreux concerts et un single phare qui me permit de rentrer à la SACEM comme compositeur. « Quelle mouche ? » dont l’auteur n’est autre que mon demi-frère Fabrice Toledano, est un coup de cœur Radio Latina qui le diffuse fréquemment.

La mort de mes grands-parents Mima et Paul, sera avec son lot de tristesse un nouveau catalyseur pour voyager et étudier. Etant déjà inscrit à l’American School of Modern Music de Paris, je décide de partir étudier au célèbre Berklee College of Music de Boston car les deux écoles sont en liens étroits.
        C’est dans ce temple de l’enseignement musical que je décide très naturellement d’étudier la composition et la musique de film. J’ai choisis cette direction, je m’en rends compte aujourd’hui, plus pour comprendre ce à quoi était confronté mon père François de Roubaix, que par vocation. En effet, aux Etats-Unis comme en France d’ailleurs, il s’agit d’un milieu très compétitif avec une pression très forte pour le musicien sur qui repose l’habillage d’un film. Après avoir obtenu mon diplôme à Boston je pars travailler à Los Angeles à la fois comme enseignant dans les quartiers sensibles et comme assistant compositeur. De retour à Paris, je serai ponctuellement orchestrateur pour Armand Amar et assistant musical d’Eric Serra.

J’ai rencontré Alexandre Saada en 2008, lors d’une Master-Class de musique de film dirigée par Jean-Claude Vannier au festival d’Auxerre. Alexandre et moi y avons rapidement sympathisé et nous sommes revus ensuite pour jouer plusieurs fois avec Jean-Daniel Botta et Laurent Sériès. Nous avons notamment joué au Café Central de Bruxelles lors d’une fête autour de la sortie d’un album vinyle de François de Roubaix, « l’Antarctique », par le label belge Weme Records. Nous avons également joué lors de soirées privées et pour des soirées de vernissage de différents peintres. C’est ainsi qu’est née l’idée d’enregistrer un album autour de reprises de François de Roubaix et de mes propres compositions.
Cet album est le fruit de cette rencontre entre Alexandre, Jean-Daniel, Laurent et moi, mais aussi une aventure musicale liée au cinéma, et bien sûr un hommage à mon père François, homme que j’ai si peu connu et à qui le musicien et la personne que je suis aujourd’hui doivent tellement.

L'oeuvre en fond d'écran est signée Olga Luna